Infliximab : histoire et modes d’administration pour les maladies inflammatoires de l’intestin

par Louise Garnier
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Infliximab : histoire et modes d'administration pour les maladies inflammatoires de l'intestin

L’infliximab est aujourd’hui au cœur des stratégies contre les maladies inflammatoires de l’intestin et la récente disponibilité d’une formulation sous‑cutanée a modifié les choix thérapeutiques pour de nombreux patients.

Pourquoi l’infliximab est-il toujours utilisé dans les MICI

Depuis l’arrivée du produit d’origine il y a plus de vingt ans, l’infliximab a prouvé son utilité pour calmer l’inflammation dans la maladie de Crohn et la colite ulcéreuse. Il s’est montré efficace aussi bien pour les formes compliquées comme les fistules que pour des manifestations extra‑intestinales telles que l’atteinte articulaire ou oculaire. Son mécanisme repose sur le blocage du facteur de nécrose tumorale alpha (TNF‑α), une molécule centrale de l’inflammation dans les MICI. Les cliniciens l’utilisent encore largement en raison du recul sur son efficacité et sa tolérance, ainsi que des alternatives disponibles sous forme de biosimilaires qui ont élargi l’accès au traitement.

Comment fonctionne le passage de la perfusion à l’injection sous‑cutanée ?

Qu’est‑ce que la phase d’induction intraveineuse ?

Le démarrage d’un traitement par infliximab se fait classiquement par perfusions intraveineuses. Le protocole d’induction couramment utilisé consiste en des perfusions aux semaines 0, 2 et 6. Cette phase vise à contrôler rapidement l’inflammation et à atteindre des concentrations plasmatiques suffisantes avant d’envisager un traitement d’entretien.

Salle de perfusion avec une perfusion intraveineuse prête et chaise de patient
La phase d’induction se réalise généralement en centre de perfusion par perfusions programmées.

Comment s’organise l’entretien sous‑cutané ?

Après l’induction IV, certains biosimilaires d’infliximab permettent de poursuivre l’entretien par injections sous‑cutanées réalisées à domicile. La formulation sous‑cutanée récemment approuvée au Canada est généralement administrée selon un calendrier d’entretien toutes les deux semaines. Le transfert d’un schéma IV à un schéma SC nécessite une anticipation et une discussion entre le patient et son équipe soignante afin d’ajuster la posologie si nécessaire.

Personne préparant une injection sous‑cutanée à domicile avec un kit d'auto‑injection
L’entretien sous‑cutané permet l’administration à domicile après formation.

Qui peut considérer l’infliximab sous‑cutané et qui devrait réfléchir à deux fois ?

La forme sous‑cutanée séduit les personnes recherchant plus d’autonomie et moins de déplacements en centre de perfusion. Elle convient à des patients stables après induction IV et à ceux qui acceptent l’auto‑injection ou un aidant formé. En revanche, certains patients peuvent préférer rester en perfusion : ceux qui craignent les injections, ceux nécessitant un encadrement infirmier régulier, ou encore ceux bénéficiant d’un contrôle thérapeutique par perfusions régulières. Il est important de rappeler que la molécule reste la même mais que la pharmacocinétique — la façon dont le médicament est absorbé et maintenu dans l’organisme — diffère entre IV et SC.

Que faut‑il surveiller lors du changement de formulation ?

Le passage d’un infliximab intraveineux à une formulation sous‑cutanée demande une attention particulière au schéma et à l’historique posologique. Des études et observations en situation réelle montrent que des patients recevant des doses intraveineuses intensifiées (par exemple 10 mg/kg toutes les quatre semaines) sont plus exposés à une rechute si la transition se fait vers la dose sous‑cutanée standard sans ajustement. Dans ces cas, des stratégies d’« recapture » par augmentation de la fréquence ou de la quantité d’injection sous‑cutanée ont permis de restaurer la réponse chez plusieurs patients.

La surveillance doit porter sur l’évolution clinique, les marqueurs biologiques d’inflammation et l’apparition éventuelle d’effets indésirables. La vigilance reste de mise quant aux infections et aux réactions d’hypersensibilité qui, bien que rares, sont des risques connus du traitement anti‑TNF.

Pièges fréquents et bonnes pratiques à connaître

  • Ne pas vérifier le dosage IV antérieur avant le switch, ce qui peut conduire à un sous‑traitement.
  • Penser qu’une formulation sous‑cutanée « équivaut toujours » à la perfusion sans discussion sur la posologie ou le suivi.
  • Omettre d’informer le patient sur les signes d’infection ou de réaction allergique et sur l’importance du suivi médical.
  • Changer de formulation pendant une poussée active sans avoir stabilisé la maladie.
  • Négliger l’organisation pratique de l’auto‑injection et du stockage du produit à domicile.

Limites et nuances à garder en tête

L’infliximab ne convient pas à tous les profils et son usage doit toujours s’inscrire dans une stratégie globale personnalisée. Les biosimilaires ont élargi l’offre, mais leur fabrication différente implique des procédures réglementaires spécifiques et un contrôle continu des résultats en vie réelle. De plus, même si la sous‑cutanée facilite la vie quotidienne pour certains, elle peut nécessiter des ajustements de dose pour les patients qui recevaient auparavant des schémas IV intensifiés.

Que dit l’expérience clinique au quotidien ?

En pratique, les équipes soignantes observent que la possibilité de traitement à domicile améliore l’adhésion pour beaucoup et réduit la fréquentation des centres de perfusion. Cependant, un suivi rapproché après la transition demeure une pratique courante pour dépister rapidement toute perte d’efficacité et ajuster le traitement. Les échanges entre gastro‑entérologue, infirmières et patients sont essentiels pour anticiper et résoudre les problèmes liés au switch.

FAQ

Peut‑on passer directement d’un traitement intraveineux à l’infliximab sous‑cutané ?

Le passage est possible mais doit être préparé par l’équipe médicale. Une phase d’induction intraveineuse est généralement réalisée avant l’entretien sous‑cutané pour garantir des concentrations thérapeutiques adéquates.

La forme sous‑cutanée est‑elle aussi efficace que la perfusion intraveineuse ?

Les données publiées et les retours d’expérience montrent que la forme sous‑cutanée peut être efficace pour l’entretien chez de nombreux patients, mais la réponse dépend du schéma antérieur et de la posologie : certains patients intensivement dosés en IV peuvent nécessiter une adaptation de la dose SC.

Quels sont les risques connus avec l’infliximab ?

Les effets indésirables observés incluent des infections et des réactions allergiques, qui restent relativement rares. Une surveillance clinique et des mesures de prévention sont recommandées pour réduire ces risques.

Dois‑je apprendre à m’injecter si on me propose la sous‑cutanée ?

Oui, une formation pratique est habituellement fournie pour enseigner la technique d’auto‑injection, le stockage et la gestion des éventuels incidents liés à l’injection.

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