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Chroniques d’été 2009 (2)

lundi 31 août 2009.


L’angoisse du juge de Scott Turow , Editions JC Lattès Traduit de l’américain

L’originalité de ce livre réside dans l’absence de meurtre. Donc, pas de tueurs en série, pas de sang ni de fluides jusqu’à la nausée. Pas de détails où les auteurs se complaisent dans des perversions nauséabondes, faisant participer leurs lecteurs fascinés par l’accumulation d’images insoutenables. Dans ce roman, tout tient dans les états d’âme d’un magistrat dont on suit le chemin intellectuel dans le cadre de sa profession. A partir d’une ancienne affaire qui revient sur le tapis, l’auteur décortique d’une manière magistrale la procédure et le fonctionnement d’un tribunal. Les juges, les avocats, les délinquants, les journalistes forment un microcosme où les ambitions politiques, professionnelles, corporatistes semblent prendre le pas sur la justice. On arrive à une vision préoccupante de l’application des lois et c’est une étude captivante où le stress peut être aussi violent qu’une agression corporelle et influence le comportement de gens qui ont de lourdes responsabilités.

Duel en enfer de Bob Garcia , Editions du Rocher

Ce roman policier est intéressant pour plusieurs raisons : l’auteur s’est emparé de Sherlock Holmes et du docteur Watson pour les faire revivre dans une enquête face à Jack l’Eventreur. Nous sommes en 1888, dans les quartiers populaires de Londres où sévissent la tuberculose, la malnutrition, la haute et petite délinquance. La description des bas-fonds londoniens prend un aspect d’étude sociologique qui, loin de nuire au polar, lui donne une véracité poignante. On n’est pas loin des beaux quartiers de la haute société Victorienne mais le East-end est un autre monde et White Chapel le quartier par excellence où le capitalisme triomphant a généré la misère la plus sordide, les bouges les plus abjects avec sa cohorte de prostituées, d’enfants abandonnés, de voleurs et d’assassins. Bob Garcia dont c’est le deuxième ouvrage où il s’empare du plus grand détective de tous les temps n’y va pas avec le dos de la cuillère et il a bien raison, les anglais ayant une propension notoire à camoufler leurs tares en dénonçant celles des autres.

Les cœurs déchiquetés de Hervé Le Corre , Rivages /Thriller

L’époque n’est pas au polar tendre, âmes sensibles s’abstenir. Si les américains ont donné l’exemple et continuent avec des tueurs en série de fiction beaucoup plus imaginatifs que dans la réalité, les francophones, maintenant, ne sont pas en reste. L’attrait de ce roman est dans les drames parallèles que vivent un enfant et un adulte, drames qui arrivent à se confondre parce que l’adulte est un policier. Le Corre est un grand auteur car il sait passer de la violence extrême à la tendresse la plus sincère, de la description d’un assassinat barbare à des visions idylliques de paysages de la France méconnue, des amours tarifés aux émois lumineux des ébats adolescents. Il faut s’accrocher parfois à la page suivante dans ce roman où on aimerait que certains protagonistes arrivent à se dépêtrer d’un destin qu’on ne voudrait pas inexorable. On court après ces pages pour sortir du précipice où l’auteur nous fait plonger avec des personnages qui mériteraient le salut. Tout ça pour une fin qu’on n’attendait pas !

Le secret du loup de Sébastien Charles , Editions Krakoen

C’est la découverte d’un auteur local qui a son importance car ce roman très bien ficelé, très bien écrit se déroule, ô surprise !, sur la rive droite du Rhône, principalement sur la commune d’Ampuis qui serait un patelin totalement anonyme, comme beaucoup d’autres qui s’alanguissent au bord du fleuve roi, s’il n’y poussaient les vignes de Côte Rôtie. On a droit à un cours d’ampélographie qui, à la longue, serait peut-être fastidieux si tout le polar ne tournait pas dans les vignes, les lieux d’appellation, les chaix, les demeures des grands vignerons. Il faut un certain culot pour situer une histoire sordide dans ce vignoble qui s’est hissé au rang des premiers crus français, c’est-à-dire mondiaux, et qui n’a pour rival dans la hausse de sa renommée que l’escalade éhontée de ses prix. La trame du polar ne se ressent pas de l’effervescence de l’écriture qui ne veut rien oublier des bords de la R.N. 86 mais aussi de la rive gauche jusqu’à Vienne. Un roman à situer dans les excellentes surprises de la rentrée.

69, année politique de Francis Zamponi , Editions du Seuil / Roman noir

On a vu, depuis les débuts de la cinquième république, les innombrables querelles intestines, les combats fratricides, les coups tordus pour désigner le candidat à la succession du président de la République en place. Ici, on est aux sources de la succession de De Gaulle et ce n’est pas une mince affaire puisqu’il y eut meurtre, diffamation, machination honteuse pour salir l’image de Georges Pompidou au travers de sa femme. Comme à son habitude, l’auteur a mené une enquête approfondie et on sent que la part de la fiction s’appuie sur des faits réels qui nous interrogent. Francis Zamponi maîtrise magnifiquement ce qui fait la force des ses romans noirs, une bibliographie de béton, des archives planquées et des témoignages curieusement remis à jour par des gens qui, maintenant, règlent leurs comptes en crachant dans la soupe. Ce sera un régal de retrouver à Sang d’Encre ce grand journaliste et romancier dont "Mon Colonel" a été porté à l’écran et qui avec une très grande honnêteté, a osé s’intéresser aux rapports franco-algériens dans trois de ses romans.



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