Chroniques de février 2014

… ou les noires lectures de François Joly

 

Dernier Verre à Manhattan de Don Winslow

Policier Seuil  -  Traduit de l’américain 21€

Historien de formation, Don Winslow a exercé divers métiers : acteur, gérant de cinéma, guide de safari et détective privé. Ce dernier job l’a inspiré pour devenir un des grands du polar américain. Dernier Verre à Manhattan est un roman excellent, écrit par un grand maître du récit qui ne se laisse pas tenter par des digressions inutiles et qui alimente le suspense par des détails étonnants. On découvre, alors, que tout ce livre est une histoire dans l’Histoire. Il suffit de remplacer certains noms et c’est la famille de J.F. Kennedy qui apparaît en filigrane dans toutes ses turpitudes. Les lecteurs se prendront au jeu de dénicher tout au long du roman les similitudes avec les personnages gravitant autour d’un président fictif, obsédé sexuel, minable qui a chargé un privé de protéger sa femme. Pour mémoire, Kennedy a présidé son pays moins de trois ans ; il n’a guère tenu ses promesses à part envoyer des gens sur la lune ; il est à l’origine du fiasco de la Baie des Cochons pour envahir Cuba ; lors de la construction du mur de Berlin, il n’a pas bougé un pouce, il était en vacances. Enfin, il a décidé la guerre du Viet Nam. A part un fait d’arme dans la marine, il ne s’est distingué qu’en étant assassiné ce qui a porté aux nues ce malade qui n’a pas été tendre avec sa femme et surtout Marilyn avec laquelle tous les hommes du monde rêvaient d’être gentils.

 

Déposer glaive et bouclier de James Lee Burke

Rivages/Thriller  - Traduit de l’américain 21,50 €

Ce roman policier est paru aux Etats Unis en 1971. On connaît l’auteur pour son personnage Dave Robicheaux dont une vingtaine d’ouvrages chez Rivages ont entretenu la personnalité épatante. On connaît beaucoup moins Hackberry Holland, autre personnage récurrent dont l’auteur a attendu trente-huit ans pour le remettre en scène. Il est donc très intéressant de lire cet ouvrage avant de déguster, si on ne l’a pas fait, La rose de Cimarron, Hearwood et Bitteroot. Hack Holland est un Texan du sud encore plus compliqué que Robicheaux, avec des similitudes dont les principales sont une probité sympathique et une morale élastique. Holland boit plus que Robicheaux, ce qui n’est pas peu dire. Il est avocat, adore les causes perdues et savoure de se mettre dans des situations impossibles. Dans un passé lointain, il a été prisonnier des chinois et torturé ; il en a gardé une fidélité en béton pour tous ses ex-compagnons de souffrance. Sa femme est frigide, ce qui lui pose d’énormes problèmes. S’étant lancé dans la politique, le Texas profond étant toujours aussi raciste, sa vie bascule lorsqu’il s’implique dans une affaire de droits civiques. Comme toujours chez James Lee Burke ce thriller est passionnant ; il nous fait plonger dans le monde invraisemblable mais bien réel  d’un racisme primaire qui nous pend au nez. Un témoignage qui n’entache en rien ce splendide polar.

 

Little Rock de John Brandon

Editions du Masque - Traduit de l’américain 19,50 €

Little Rock est la capitale de l’Arkansas, un état du sud  des USA. Cet état est trois fois plus grand que la région Rhône Alpes mais compte deux fois moins d’habitants. Grands espaces, lacs, forêts immenses, marécages, étangs : l’Amérique profonde, inconnue, isolée, coincée entre l’état du Mississipi et le Texas. Une population ultra conservatrice qui se dit démocrate et où flottent les relents des pires démons du vieux sud. Pas étonnant que des individus peu recommandables puissent se confondre avec le paysage en toute simplicité. On ne vous demande ni votre carte d’identité,  ni votre permis de conduire, ni les documents de votre voiture et, si vous en volez une ou plusieurs, vous pouvez rouler en toute impunité à condition de respecter le code de la route et, encore, faut-il qu’il y ait une patrouille de pandores pour vous contrôler. Par contre, on n’échappe pas à la grande délinquance. C’est la plaie qui arrive partout. Si on vend de la came, on trouve toujours des clients malgré le faible pourcentage d’humains au kilomètre carré. Des ennuis, des complications ? Facile de creuser un trou ou de trouver des eaux profondes. Sauf si on abuse. Il faut bien une fin ! Oui, mais cela ne se passe pas comme ailleurs. Les petits salauds ont un côté presque romantique. Leur sauvagerie n’a d’égale que celle des gros salauds. Un roman estomaquant…  

 

13 de Peter Aspe

Albin Michel - Traduit du néerlandais (Belgique) 18 €

Héros récurent d’une douzaine d’ouvrages, tous parus au seuil, le commissaire Van In se retrouve dans un sacré pétrin. A la veille de se marier avec Hannelore, une splendide juge d’instruction de Bruges, il faut qu’il se coltine une affaire criminelle où les morts s’accumulent sans qu’il y ait de liens apparents entre les différents assassinats. Il doit fonctionner entre sa fiancée d’une jalousie paranoïaque et d’un professionnalisme encombrant et plusieurs femmes qui sembleraient n’avoir qu’un seul point commun : être séparées ou divorcées de types qui meurent d’horribles façons. Tout cela se déroule dans Bruges, la Venise du nord, ville que l’auteur, pour notre plus grand plaisir, décrit avec délectation car il y habite lui-même et en connaît les moindres recoins. Le commissaire conduit son enquête en mettant le grand braquet et en ponctuant ses actions par de nombreuses bières, dépassant de loin le seuil de l’alcoolémie autorisée. Il est accompagné par son adjoint, un homosexuel fort gaillard qui, parfois, jette quelques regards sur les femmes rondes qu’il croise, comme s’il avait quelques regrets. Voilà un polar bien plaisant teinté d’un humour belge de bon aloi où la libido de tous les protagonistes, y compris les enquêteurs génère des réactions inattendues pour un suspense qui se déchire en une fin  imprévisible.

 

La 11e  et dernière heure de James Patterson

JC Lattès (The women’s Murder Club)  - Traduit de l’américain 22 €

Le Women Murder Club est une série télévisée américaine qui est apparue fin 2007 aux Etats Unis et, début 2009, en France, sur M6. Treize épisodes de quarante-deux minutes retracent les enquêtes d’une équipe de cinq femmes qui conjuguent leur professionnalisme pour résoudre des affaires criminelles sur lesquelles la police de Los Angeles se casse les dents. L’énorme succès de la série est certainement dû au public féminin qui s’identifie à ces filles qui ne sont pas des super-nanas mais des femmes qui ont des problèmes à résoudre en dehors de leur métier et qui, tout en étant de belles créatures qui se regardent souvent dans la glace, n’en demeurent pas moins profondément humaines. C’est là le génie de James Patterson qui a su créer dans ses romans adaptés à la télé un climat où chaque femme a son jardin secret qu’il fait découvrir. Ainsi, autour de Lindsay Boxer, ancien commandant de la brigade L.A sud, redevenue sergent à sa demande pour être sur le terrain, gravitent une doctoresse légiste, une jeune policière, une assistante du procureur et une journaliste. Ici, deux enquêtes parallèles : l’assassinat d’un narco-millionnaire qui le méritait bien et la découverte de cinq crânes dans le jardin d’un acteur célèbre. De quoi alimenter les fins d’après-midi tristounettes et les soirées ennuyeuses où la télé se noie dans des programmes insipides.