Chroniques de juin & juillet 2013

… ou les noires lectures de François Joly

 

Des romans pour l’été

De plus en plus, nous sommes sollicités par des lecteurs assidus qui nous demandent un choix de polars pour l’été, des livres qui ne chargent pas trop la valise, au besoin, des rééditions de romans qui, dans l’année, ont échappé à leur attention. Les éditions Rivages/Noir répondent parfaitement à cette demande non seulement en rééditant leurs bestsellers mais en éditant, en poche, des inédits.

Rééditions : Moi, Fatty de Jerry Stahl, excellent, la chute d’un monument du cinéma américain du muet. La descente de Pégase de James Lee Burke, quinzième aventure inouïe du flic mythique de la Louisiane, Dave Robicheaux, que l’on retrouve dans une nouvelle aventure haletante dans La nuit la plus longue. Autres sommets du polar, On aime et on meurt comme ça et Surveille tes arrières ! de Donald Westlake et Stick d’Elmore Léonard. L’assassin qui est en moi est un grand classique de Jim Thomson pour une lecture jouissive dans une traduction intégrale.

Inédits : Permis de chasse d’Elmore Léonard, le grand maître indestructible du polar américain ; Libyan Exodus du Français Tito Topin, scénariste de Navarro pour la télé ; Crime de Seine, de Danielle Thiery, ex commissaire divisionnaire qui se sert de ses expériences professionnelles pour se hisser au sein des grands du polar français.

Des polars autour de 10 Euros, tous d’un très haut niveau. De quoi se régaler !

 

Du Polar de François Guérif. Entretiens avec Philippe Blanchet

Manuels Payot / Editions Payot & Rivages 20 €

Voilà un ouvrage succulent qui se déguste comme un grand café suivi d’un cognac cinq étoiles. Ce n’est pas un roman policier mais c’est le témoignage d’une passion au travers des réflexions d’un serviteur majeur du polar. Directeur littéraire des collections Rivages/Noir, Rivages/Thrillers, Rivages/Mystère et Ecrits Noirs, François Guérif a hissé ces collections au premier niveau de la littérature policière en sachant se servir pleinement de ses atouts : son engouement pour le cinéma et la littérature, un doctorat d’anglais, la création de la première librairie française consacrée aux littératures policières, ses chroniques de films dans diverses revues, ses biographies de Belmondo, de P. Newman, R. Redford, M. Brando, St. McQueen et un splendide ouvrage sur Clint Eastwood qui permet à beaucoup de respecter un grand homme du cinéma en confondant ses détracteurs. Ainsi, Guérif est un monument qui a tout lu, même les ouvrages parus chez d’autres éditeurs. On découvre un homme toujours plein de ferveur pour les écrivains qu’il a édités, pour les grands américains qui sont devenus de vrais amis, comme Tony Hillermann et surtout James Ellroy. L’entretien conduit par Philippe Blanchet, grand linguiste, est un régal car il sait brancher Guérif là où il faut. Un document à lire absolument. François Guérif sera avec nous en Novembre pour Sang d’Encre. Un bonheur !

 

Ne t’éloigne pas de Harlan Coben

Belfond Noir - Traduit de l’américain 19,90 €

On en est au quatorzième roman de Harlan Coben chez Belfond Noir et, peut-être, est-ce l’auteur américain le plus constant dans la qualité de ses ouvrages. Chaque sujet est original et Coben séduit par la qualité de ses mises en scène faisant intervenir des personnages très divers dans des situations dramatiques plausibles. Rappelons que son premier polar traduit en français, Ne le dis à personne, a été adapté au cinéma par Guillaume Canet en 2005. Chez Coben, le suspense ne s’essouffle pas ; le lecteur est soumis à un  malaise continu jusqu’au dénouement car ce qui est décrit pourrait arriver à notre famille, à notre conjoint, à nos enfants, à nos amis proches. De là, une identification sournoise du lecteur qui souhaite une fin heureuse qui ne sera pas forcément égale à ce qu’il espérait mais qui le satisfera quand même, le romancier faisant triompher une certaine morale qui n’est pas toujours très morale. Ses protagonistes sont des gens de milieux les plus divers qui vivent des situations peu ordinaires.  Ici, en plongée dans les mensonges, les haines, les meurtres, la prostitution, Coben nous fait découvrir une mère de famille, tout à fait comme il faut, que son passé scabreux rattrape. Il y aura-t-il rédemption ? Difficile… Tous les ouvrages traduits en français d’Harlan Coben sont repris dans la collection Pocket.

 

Boulevard de Bill Guttentag Série

Noire Gallimard - Traduit de l’américain 23,90 €

L’envers du décor d’Hollywood, quartier mythique de Los Angeles, n’a rien d’engageant car il concentre les plus graves déceptions de rêves inassouvis : réussir dans l’industrie cinématographique. Des coins les plus reculés des Etats Unis affluent des adolescents, pour la plupart en rupture de famille, qui croient qu’ils pourront être un jour la nouvelle Marylin Monroe ou le nouveau Steve McQueen. Une fois leur maigre pécule épuisé, ils n’ont d’autres solutions que la rue. Ils forment des petites communautés de terrains vagues immondes, de squats répugnants, assujettis aux anciens, aux plus forts, vivant de larcins et en mendiant auprès des touristes. Ils deviennent des taches sur la carte postale Hollywoodienne et ne sont aimés de personne encore moins de la police. Des salopards de tous genres les guettent, maquereaux et pervers. La prostitution devient pour ces filles et ces garçons le seul moyen de survie. L’un ou l’une meurt. Qui va s’en préoccuper ? Un flic comme les autres, ni plus ni moins. Il essaye de comprendre tous ces gosses, de les aider. A sa manière, il est un expert car il essaye de retrouver son propre fils bouffé par la drogue et qui n’a pas supporté sa cure de désintoxication. Un très beau polar, glauque à la manière de David Goodis, mais, somme toute, plein de sentiments qui poussent à croire que l’on peut s’en sortir.

 

La couleur de la peau de Ramon Diaz-Eterovic

Editions Métailié - Traduit du Chilien  10 €

Il semblerait que les péruviens tentent d’émigrer en masse au Chili, pays au fort potentiel économique mais encore précaire. Il s’ensuit un rejet par une partie des nationaux et un racisme latent qui n’est, hélas, pas spécifique au Chili. Un détective privé, Hérédia, se voit confier la recherche d’un péruvien disparu. Héredia n’est pas un inconnu pour nous. C’est un personnage éminemment sympathique que l’on retrouve dans d’autres ouvrages, célibataire, désabusé, meurtri par la politique, qui aime se balader dans sa ville d’élection, Santiago, dont il connaît les moindres rues, les moindres bars louches. Il est lié par une solide amitié avec le kiosquer turfiste en bas de chez lui, avec un flic à la retraite et un journaliste qui l’aident souvent dans ses recherches. Il entretient des dialogues surréalistes avec son chat, Simenon, un félin libertaire à la philosophie analytique précieuse ; on pourrait s’imaginer tomber de la science fiction la plus délirante à un très bon polar si on ne comprenait pas très vite que la bête, dans ses réponses, ne fait qu’exprimer ce que pense tout bas le détective aux questions qu’il se pose. Les écrits de Ramon Diaz-Eterovic, dont six romans parus chez Métailié, ont conquis la planète polar ; en France, les fans, retrouvent avec délectation cet auteur sensible, cultivé, journaliste séquestré par Pinochet magnifiquement traduit par Bertille Hausberg.